Jane the Virgin: l’émission féministe des vacances

Jane the Virgin, c’est l’histoire d’une jeune femme vierge (dans l’attente du mariage) dont la vie est bien planifiée, jusqu’à ce qu’elle soit inséminée artificiellement en raison d’une erreur médicale. La voilà donc enceinte d’un homme riche sur lequel elle avait un crush lorsqu’elle était adolescente. L’émission recrée ironiquement le style des telenovelas (feuilletons invraisemblables dramatiques et un peu à l’eau de rose). L’histoire est centrée sur une investigation criminelle… et, bien sûr, un triangle amoureux.

Avouez, vous n’êtes pas tout à fait convaincues? Ça sent le slut shaming et le romantisme un peu cliché? Eh bien… oui et non. Jane the Virgin est une série qui joue avec les stéréotypes pour les tourner en dérision. Malgré certains problèmes qu’on retrouve dans la plupart des histoires « romantiques » (i.e. la « persistance » des hommes amoureux), cette série recèle de petites surprises féministes.

1)      Une série centrée sur des femmes latinas

Le personnage principal de la série, Jane, entretient des liens étroits avec sa mère et sa grand-mère (d’origine Vénézuélienne). On retrouve donc une proportion intéressante de personnages racisés, et on a même plusieurs dialogues en espagnol (sous-titrés). Par ailleurs, cette situation permet à la série d’aller rejoindre différents thèmes intéressants comme l’immigration et les relations familiales.

2)      Des clins d’œil dirigés spécialement aux féministes

Cette série ne convertira personne au féminisme. Par contre, pour une personne déjà féministe, la série est parsemée de blagues et de clins d’œil. Voyez par vous-mêmes :

 

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[Image d’une scène de Jane de Virgen. Jane est assise en face d’un homme blanc. Sur le texte apparaît le commentaire suivant: « Evan Hutchinson. Gender: Cis Male. Race: White Privilege »]
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[Image d’une scène de Jane de Virgin. Une professeure regarde la caméra. À l’écran est affiché le texte « Bechdel Test »]
mansplaining.jpg
[Image d’une scène de Jane the Virgin. Un homme regarde en sourcillant une femme enceinte partiellement en dehors de l’image. À l’écran est inscrit le texte « #mansplaining »]
 

3)      Les enjeux de la maternité

Au cours de la série, on retrouve des discussions intéressantes en lien avec le genre et la famille. D’abord, l’avortement est discuté à quelques reprises. Bien sûr, comme dans toutes les séries que j’ai vues dans ma vie, l’avortement est la mauvaise option – mais au moins est-elle une option. J’ai bien aimé qu’une mère dise à sa fille qu’elle devait avoir l’option de l’avortement pour que son choix de garder le fœtus ait du sens.

L’organisation de la famille est aussi un sujet de discussions et de tensions. Bien que la série soit plutôt pro-pères, pro-parentalité biologique et pro-garde partagée, elle montre tout de même les difficultés de cette dernière. Jane ayant été mise enceinte par accident, elle est également confrontée plus tôt que prévu (parce qu’elle prévoit tout) aux enjeux de conciliation vie-maternité.

Ma scène préférée est sans doute celle où un couple discute du nom de famille à donner à l’enfant qui vient de naître. Je n’avais jamais vu une telle discussion avoir lieu dans une série ou un film. La transmission du nom de famille du père est souvent prise pour acquis. Dans Jane the Virgin, le choix du nom de famille est discuté pour finalement arriver à une entente sur la transmission du nom de la mère. Ça fait du bien à voir!

4)      Le consentement sexuel

Lorsque j’écoute un film ou une série, je prends toujours en note (pour un autre projet) les passages où les agressions sexuelles sont romantisées. Il y en a dans toutes les séries, y compris les séries féministes (les seules que je regarde). Or, dans cette série, la majorité des interactions sexuelles présentent une image positive du consentement, explicite plutôt qu’ambigu, des femmes. Un élément intéressant est qu’étant donné le choix de Jane de demeurer vierge jusqu’au mariage, lorsqu’elle envisage de franchir le pas, on voit des hommes vérifier verbalement son consentement et son degré de certitude.

5)      Des prétendants décents

Jane the Virgin est le genre de série où la femme oscille entre deux hommes au fil des saisons. On retrouve, comme d’habitude, l’option sûre, le « bon gars », et l’option excitante, le « gars différent » qui ne la traite pas aussi bien mais qui est tellement sexy. Dans les films romantiques, la femme choisit généralement la deuxième option – et, à mon humble avis, c’est un mauvais choix. C’est généralement le gars plus colérique, plus jaloux, plus « interdit » (trop vieux, patron, prof, etc.), qui poursuit la femme en la « sortant de sa zone de confort » (lire : en lui faisant faire des choses qu’elle ne veut pas faire pour lui prouver à quel point il est plus excitant), etc.

Dans cette série, j’ai d’abord trouvé pendant plusieurs épisodes que Jane avait devant elle deux bons choix. La plupart des séries sont incapables de produire un prétendant qui ne soit pas contrôlant et un peu violent sur les bords : vous pouvez donc imaginer ma surprise de me retrouver à apprécier les personnages masculins de cette série.

Par ailleurs, même si on retrouve la dynamique classique des crises de jalousie et des combats de coq entre les prétendants, celle-ci n’est pas romantisée.

****SPOILER SAISON DEUX****

Finalement, lorsqu’il devient clair qu’un des deux hommes respecte davantage Jane (il n’insiste pas lorsqu’elle dit non, il respecte ses valeurs et ses choix de vie, il sait communiquer (!), etc.), c’est celui-là que Jane choisit (enfin, à l’épisode où je suis rendue – cela pourra peut-être changer à nouveau).

****FIN DU SPOILER****

Bref, la série présente une image assez saine et égalitaire des relations romantiques hétéros, ce qui est plus que rare.

Conclusion

Jane the Virgin n’a pas que des bons côtés – il m’est très difficile de pardonner à une série d’utiliser le (dangereux) cliché des fausses accusations de violence conjugale, par exemple. Cependant, c’est une série légère parfaite pour les vacances : comique et souvent ironique, relaxante et colorée. On y retrouve occasionnellement des petits bijoux féministes qui nous font sourire, mais surtout des femmes fortes, intéressantes, déterminées et passionnées. Je la classe 7e dans mon Palmarès des séries féministes.

 

Vous cherchez des idées de séries féministes? Voyez mon classement ici: http://decolereetdespoir.blogspot.ca/p/pa.html

J’ai écrit des critiques féministes des séries suivantes:

 

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